7 février 2010

Ferita

(en musique, forte)


Il s’étend. La peau arrachée, le front sur le carrelage, et dégueulant une partie de son âme. La mort violente de son élan le déporte et crache sur le rêve ; au dehors l’automne dépècera bientôt des ossatures les souvenirs heureux. L’enflure du cœur, annonciation du pire de la déchirure émergente qui ne tient plus qu’à son fils. Les nuits éternelles dans le lit bordé d’injures de blancheur sournoise de déliquescence de l’espérance de désirs mortifères. Les jours qui n’en sont plus, avec le deuil ils ont la face obscène, ils devraient se couvrir, avoir la pudeur. Ici on n’avance plus on rampe. Le palpitant martèle son antienne sans objet, tenant l’homme debout face à son champ d’impossible. Devant le vide, derrière le saccage. Ce qui naît de la désillusion a des allures de misère. Et cette plaie qui s’écoule et inonde lui sort par les yeux, l’enterre. Ici on n’avance plus on rampe.

Il se ramasse. La peau déchirée, la pupille décharnée, et du passé béant sourdent les espérances. Vanité ; en dedans le déclin charognard dissèquera silencieusement les souvenirs heureux, exsangues dans leur létalité sordide. Bâillonne ta gueule mémoire qui morcelle la résilience ! Car ici on n’avance plus, on rampe. Il voudrait retourner le lourd manteau de l’irrévocabilité, l’incruster de desiderata inassouvis. Mais seul parmi les autres, il doit se rendre. A l’évidence, à l’absolu épousant la ruine. Le mirage se dissipe aux lueurs desserties d’un crépuscule finissant.

Il se relève. La peau brûlée, le poing orné de fiel défoncé d’éclats de verre, et ces débris se hérissent, couronnant Némésis. La haine qu’engendrent les murs de la douleur et du désespoir s’invite dans son lit, psalmodiant son infect angélus ; partout dedans dehors au fond en lambeaux les souvenirs heureux se décomposent. Il entend, entre en prière corrompue... De ses mains il aimerait la faire crever, la femme qui a tissé un morceau de vie avec lui. Et ses idées crasses il les essuie entre les cuisses de passantes, et abat sa vie sous un bloc de granit. Il s’accroche aux monceaux de chair, et creuse les mots d’amour jusqu’à la moelle, à les rendre ineptes. Et se fait laid. Donner un sens à ce qui n’en a pas, s’envisager immonde, la blessure il faut la mériter. Ici on n’avance plus on rampe. Il se conjugue au conditionnel, l’inconstance est sa compagne. Marcher droit dans l’immobilité tombale, comment ?! Alors la soif de sinuosité l’emporte, se glisse avec morgue dans les restes défigurés du désir d’être, d’éprouver. Le sein de l’amour ne peut allaiter la foi gangrenée - ou finira au fond de sa gamelle. Oui, ici on n’avance plus... on rampe.

(et pourtant, le cœur bat)



21 commentaires:

L.......................................uC (très matinal, encore une journée qui commence à pas d'heure!) a dit…

Le coeur batterait-il ? ... Qu'il bat mal.
"... et creuse les mots d’amour jusqu’à la moelle, à les rendre ineptes."... Je me la prend pour la journée celle là.

Anonyme a dit…

C'est vraiment un texte magnifique ... "l'automne dépècera des ossatures les jours heureux" ! et puis aussi "l'absolu épousant la ruine" ... un summum de désespoir.
"la déchirure émergente qui ne tient plus qu'à son filS" ... s'agit il du fil ou du filS ?? car la piste du fils ouvre une autre piste qui déconcentre pour moi ...
Bravo !

madame de K a dit…

Comment tu t'es vengée de lui !!! (c'est le LUI de la dernière fois n'est-ce pas ?) KO, à genoux ! Bien fait pour lui...

Anonyme a dit…

tu vas mieux, c'est rassurant!
ton anonyme de l'aiguillerie.

Prax a dit…

Se faire laid est quand ce que l'on fait de pire le plus vite.
(c'est une image pour dire : mettre des chaussettes avant d'aller au lit, hein, c'est ça ?)

Prax a dit…

Se faire laid est quand même ce que l'on fait de pire le plus vite.

K. a dit…

votre texte me fait penser aux chants de Maldoror... Beau, lourd et poissé d'or comme une descente aux enfers..

Depluloin a dit…

Bon, Maldoror, c'est déjà pris... Peu importe, c'est très beau et très fort, pas le temps de respirer. Quel talent d'avoir les mots. (Mais la musique, celle-ci, ne m'inspirait pas la même chose, mais en même temps c'est pas moi qu'écris hein!

Mademoiselle d'enfer(t) a dit…

@ l u c: je me demande bien ce que tu vas pouvoir en faire de cette phrase, au milieu de tes étudiants... :)

@ Kouki: je te salue bien bas. ;)
Il s'agit du filS. Tu sais bien que je fais des jeux de mots faciles. Mais n'hésite pas à m'expliquer ce vers quoi tel ou tel mot te fait tendre.

@ Madame de K: Tu sais, ce texte je l'ai écrit pour et sur la musique,en partant du titre... il me fallait alors explorer des blessures profondes, et j'ai sondé avec leur accord deux personnes afin de saisir ce qu'elles avaient pu éprouver face au désastre qui les avait mises à terre. Après j'ai voulu en faire quelque chose de plus sombre encore, le personnage est couvert de merde comme la musique est désolée, sans espoir.
Oha la meuf t'as vu comment qu'elle se prend au sérieux?! Tu m'as faite bien rire ma dame ;) C'est plutôt une excellente chose...un lundi (à bas le lundi)!

@ Anonyme de l'aiguillerie: Mpfff. Je bovaryse :)

@ Prax: C'est ça. Cela dit un de mes très bons amis dormait encore il y a peu avec un bonnet de nuit. Plouf plouf...

@ K.: C'est un sacré compliment...! Et une occasion de découvrir ces chants dont je n'avais pas connaissance. Merci!
(je pose ici à l'intention de ceux qui lisent les commentaires un extrait des chants de Maldoror:
http://www.feelingsurfer.net/garp/Poesie/Lautreamont.Chant3.html )

@ Depluloin: Les mots je ne les ai que soufflés par la brûlure de certains... On en fait des combinaisons, des amalgames au hasard des rencontres et des épreuves qui ne nous appartiennent pas mais inspirent. Blablabla que puis-je vous répondre à part vous remercier d'avoir ressenti... C'est un beau cadeau. :)
Et Chostakovitch m'emporte toujours dans sa désolation (loin de sa valse consensuelle).

L..................................uc (un mur trois quarts). a dit…

Et chose là ?
ta Kovitch ?
il est connu ?
m'aurait dit "deux mille mots" à l'armée.

Mademoiselle d'enfer(t) a dit…

@ l u c: tu n'aurais qu'à lui chanter du andré rieux.

Anonyme a dit…

Sauf qu'André Rieux çà se chante pas çà se ch... oups !
et sinon je reste tendre attentive attendrie à vos maux

Depluloin a dit…

Moi j'ai déjà lu, je viens juste chez vous pour finir mon verre. l ne fait même plus froid. Je suis bien ici. Je sais que si je veux lire, j'ai de quoi. K'écoute sans écouter. Je sais, Ô Merveille, qu'il y a quelqu'un.

nd a dit…

lucides et beaux sont ces maux partagés...

"s"envisager immonde, la blessure il faut la mériter"...
nous sommes souvent nos plus efficaces bourreaux...

Mademoiselle d'enfer(t) a dit…

@ Kouki: Faut pas être si dur, Dédé il fait connaître la musique classique... ahah! Noyée dans un bain de jello et de robes meringuées, du prémâché pour papy-mamie. Cela dit les abonnés des opéras gobent aussi de la merde en pensant manger du caviar.
Et sinon je reste touchée par votre tendre attention Mme Kouki

@ Depluloin: Ainsi vous venez chez moi durant mon sommeil...? ça ne me dérange pas, si vous y êtes bien (et que vous laissez la fenêtre fermée). Il y a toujours quelqu'un...

@ nd: C'est vrai, les gens sont leurs pires ennemis. Et les seuls qui soient censés bien s'aimer. Un sacré travail... :) Merci!

Depluloin a dit…

Vous aussi vous êtes impressionnée par le blog de Luc? Moi je vais finir par arrêter, je n'arrive plus à suivre. Je passe mon temps avec des dictionnaires (de la peinture, du cinéma...) Et puis y a pas de musique!

Bonne nuit. Je ferme la fenêtre.

choule[bnkr] a dit…

un texte qui me met en joie ;-)
Beau texte en tout cas.

Mademoiselle d'enfer(t) a dit…

@ Depluloin: c'est vrai qu'il fait froid (merci pour la fenêtre) (de l'avoir ouverte, puis fermée). C'est bien de passer son temps avec des dictionnaires, sorte de partition du verbe, du langage, avec ses harmonies, ses cacophonies, ses nuances. Et chez l u c, il y a trop de grandes personnes (vraiment grandes), oui oui ça m'intimide...

@ choule[bnkr]: C'est vrai, hein?! C'est la fête! (celle de qui?)
(Oups...merci!)

Depluloin a dit…

Son cœur qui bat! qui bat! (Coups de fouets sur les mants) Un classique.

Bonsoir melle...

Mademoiselle d'enfer(t) a dit…

@ Depluloin: ce truc-là ça frémit même réduit en miettes, les blessures d'amour, d'abandon et d'orgueil vous laissent sur le fil, mais vivant quand même, tant bien que mal, le désamour aussi rend aveugle, ou myope, du moins ne voit-on plus que tout est possible, à nouveau... oui un classique, qui pourrait le nier? B'soir m'sieur...

Depluloin a dit…

Ah le temps où je venais faire un "coucou!" à la demoiselle ci-dessous! Vous vous souvenez?

Si vous la voyez, dites-lui bien des choses de ma part!

Ecrivez sans déborder