31 octobre 2010

All the clocks are broken

(en musique)


Elle a encore déballé le lit, laissé quelques vestiges de maquillage dans un recoin de l'oreiller. Elle se tourne, sur le dos, abdique sous le repli du sommeil. Le plafond a la même fissure qu'hier.
Il y a ceux qui choisissent, ou les menteurs, qui restent mal.
Fermer les yeux quelques heures - mais pourquoi ne sont-elles pas éternelles quand elles le devraient?
Il est parti, a dit "je t'aime moins".
Engluée de rémanences, somptueuses jouissances, de rires en écharpes de ce à quoi on s'abandonne, cette mémoire indésirable qu'elle voudrait délabrée, pas si vive.
Putain de temps précipité dans le bonheur mais bien calé sur le flanc de la peine, à appuyer de ses aiguilles statiques au creux des plaies.
Il l'a faite rêver à l'immensité des siècles.
La fissure s'aligne, cicatrice ou mauvais plâtrier.
Il s'est glissé dans ses fentes.
Elle le garde sous sa chemise, entre les brisures, insignifiants cartilages de l'amour dépassé. Il trône là, dictature délétère dont rien ne succombe.
Putain de temps qui n'avance à rien, persiste dans l'immobilisme!
Il a enfoncé le plaisir jusqu'entre ses entrailles.
Le robinet est mal fermé. Comme un tic-tac l'eau psalmodie.
Il a la jeunesse pour excuse, la cécité qu'elle porte en elle, et les terreurs de lassitude, de raréfaction du désir, de ne pas vivre demain que de tout vivre aujourd'hui.
Et pour quoi ce corps encombrant, à dévisager son reflet qui perd la raison, se déforme sans son regard, son regard à lui... A lui. Lui. Lui...
Et pour quoi son image flottant entre les courants des pensées et de la constance?
Il est parti, a dit "je t'aime moins".
Elle songe à la journée douloureuse, à ce putain de temps qui s'allonge à son côté, et la fissure qui sera là encore le matin suivant, comme la douleur, et l'absent. A ses pieds sur le carrelage, transis.
Elle rêve debout.
Au jour qui la verra renaître des cendres, et danser sur les meurtrissures.

Pour Anne-Laure...






10 octobre 2010

Palindrome

(en musique)


In girum imus nocte et consumimur igni


La tendresse sans conséquences...


(Petite musique de nuit)

Etendre dans tes cheveux mes doigts, te tressaillir jusqu'au flanc du plaisir

Entre les heures échardées de torpeur apercevoir ton dos


Ta nuque


Ce que témoigne ta peau

Sous l'effleurement

Ou l'illusion,


Le drap décalquant ton dessin

Dans le presque matin...

A tes pieds égrener la morale, la laisser chancelante


Prendre mes jambes à ton cou

Comme tu lies mes pensées tu me morcelles


Et tu sais le silence au fond de ses déclarations.

Crire

Etre, sentir

Gémir


Chuter à la pointe de ta langue

Dans l'obscurité tresser les corps en suspens


Pourtant

J'arrime à mes paupières tes effrois flamboyants ruisselant jusqu'à l'os

Laisse à mon chevet les brûlures de tes mains, l'écorchure de ton souffle

(Nous tournons dans la nuit

Et le feu nous consume)

Au creux du mien j'impatiente ton hérésie


Pourtant

Tu nourris encore


Ces croyances blanchies, de celles qui n'ont plus goût à rien, jetées



Dans les mailles exsangues
De tes veines éclatées

Pourtant

je prends fin à ta source, tu t'ouvres à ma racine

Tu es ce que je suis


Miroir,

Evidence

Théorème.


Et je passe au travers de la violence ordinaire

(ce désir palpitant étranglé par l'orgueil)

En t'attendant,
Sans douleur

Ni désespoir