29 août 2011

Fragile

(en musique)


Les fenêtres, ouvertes sur les nuages effrangés par les antennes et les toitures, charrient les pensées, le regard s'attarde sur les façades de brique, toiles tendues de souvenirs.
Elle écrase sa cigarette, brûle encore ses lèvres et sa langue à coup de café noir, puis déambule dans sa cité étrange d'immeubles de cartons. Il reste ça et là quelques insectes, et la poussière pailletant comme jour de fête les rayons du soleil.
Elle ira au bord du fleuve voir ce qui dérive et s'oublie. Regarder la grande roue. Les quais qui ne sont pas ceux d'une gare.
Elle se dit, face au miroir, "quelle drôle de gueule!" et "c'est la fin, il faut partir". Elle s'agite, pantin grotesque.
Et sous ses pieds nus, elle sent s'accrocher les miettes d'anciens carnages. C'est gris et sale, ça remonte jusqu'en haut. Ça se mêle au beau, au désir, à l'ivresse.
Elle ouvre alors le dernier carton, et après y avoir collé, entre des feuilles de papier journal, son cœur gonflé, comme une fleur humide et vénéneuse, elle referme sa poitrine calme et muette.


Photographie par Le Doo


19 juin 2011

Thašunka Witko


Souvenirs

Impressions

Eclosion

Fêlures


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Juste à l'horizon
La peur chevauche les fractures
Sur la roche
C'est la nausée qui s'épanche
La possession s'incline
Avec sa gueule triste
Boulevard du choléra
Impasse du désir
Putain aux entournures
Etranglée au collet
Suspendue aux nuits vagues
Nage en eaux troubles
Inspire la clarté
Ne baisse pas les bras

Non
Ne baisse pas les bras

Mais
Ne saisit pas les armes
Entend les effrois
Qui pissent sur les murs

Mais
Ne veut de personne 
Si la liberté sombre

Ne veut rien qu'aimer
Pas d'orgueil ou peut-être dans sa poche

Oui rien que des respirations
Des nuages percés

Mais
Peut-on la comprendre
D'être 

Juste 

Aimante


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"Fracture" par ADDAMSBERG
"Orchidées" par Luc Lamy



17 avril 2011

Lust


A la fin du jour,
le soleil brûle juste encore
la nuit enduit les façades
je vois des ombres
se laminer sur les falaises
Du plaisir
Dans la peur
De la moiteur
Dans le milieu
Moi j'irai avec les dents
la chercher ta chaleur
Tu vois mon amour
Y a rien que je puisse taire
Du silence
Si je me barre
Dévale l'escalier
Si je défais les voiles
Colle ma bouche mordue
Sur les reflets des trains
Il reste
Juste ce quartier de peau qui racole ta langue
En haut de l'hémisphère
Ce vertige jusqu'à l'os
Qui étonne toujours
Mes doigts
Grisés

C'est de la joie
Ça l'a toujours été
Suis-moi à Victoria
J'vois pas Monsieur
Tu y serais le Roi
Et moi du sable chaud
Toi
A
T'enfoncer dans mon corps
A chercher
Sous mes grains
le frisson, sous le tissu
Juste ce quartier de peau qui racole ta langue


Respire!

28 février 2011

Madrigal [guerriero e] amoroso


je ne comprends pas les riens, ces riens qui se bousculent au seuil de mes lèvres sur le bout de ma langue se suspendent sucent ma moelle jusqu'à la sienne seulement ces mots qu'il étouffe ont ce goût de bataille d'entrailles débattues sur le bout de ma langue sa voix s'entaille ce sont des lamelles de quelque chose de beau d'exsangue éreinté, de l'attente, d'une atteinte enrayée de sa voix qui s'effeuille s'échoue dans ma gueule un peu pâle, ouverture grande nous sommes ici et ce qui mure les mots hurle la peau je ne comprends pas la morale encore moins ses détours et lui sait mes abîmes ce qui mouille sous sa soif nous sommes ici j'appelle ses mains couturées cousues à mes cheveux déchirées à mes angles noyées dans les fentes fêlure continue et ce sont mes restes ivres que je défends comme ils sont étirés à la pointe de ses ongles le regard plaqué au sol sur le bout de ma langue je sens l'amour à sa fin je n'en veux pas pourtant, c'est un suspens une heure sans secondes que je désire pas un dîner par coeur ce sont les poisons que j'aspire dans mes replis sur le bout de ma langue ont ce goût de bataille de chair de foutre de fouraille plus un atome ne divise plus de rupture juste un amas une éternelle addition je voudrais l'avaler peu importe l'endroit je fouillerai ma cuisse de fragments de morsures écrits tangibles nous sommes ici à l'est du matin le corps tendu la tendre violence la nuit encore je n'ai plus peur de rester de couler dans sa nuque ces riens encordés sur le bout de ma langue

Bondichérie par {E}mma